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Washington contre les nations faibles : la démocratie sous les bombes

Ce que révèle récemment le New York Times à propos de la stratégie militaire américaine contre le Venezuela dépasse largement le cadre d’un simple scénario opérationnel. Il ne s’agit ni d’un exercice théorique ni d’une démonstration de supériorité technique destinée à rassurer une opinion publique intérieure. C’est un signal politique mondial, froid et calculé, adressé à tous les États jugés trop indépendants, trop désobéissants ou simplement trop faibles pour résister à la volonté des grandes puissances.
La planification minutieuse attribuée au Pentagone, sous l’autorité directe du secrétaire à la Défense, décrit une intervention d’une rapidité glaçante : quinze minutes pour neutraliser le cœur militaire et institutionnel d’un État souverain. Quinze minutes pour rappeler que, dans l’ordre international tel qu’il est pratiqué – et non tel qu’il est proclamé –, la souveraineté n’est pas un droit universel, mais une tolérance accordée sous conditions.
Huit sites stratégiques auraient été identifiés avec une précision chirurgicale. L’aéroport de La Carlota, pilier du contrôle aérien de Caracas, aurait été réduit au silence dès les premières secondes, empêchant toute riposte coordonnée. La garnison de Catia la Mar, verrou maritime essentiel, aurait été frappée par des moyens furtifs, coupant l’accès côtier et isolant la capitale. Fuerte Tiuna, centre névralgique de l’appareil militaire, aurait vu sa chaîne de commandement paralysée, plongeant les forces terrestres dans la confusion.
Même les symboles politiques n’auraient pas été épargnés. Le Palais législatif fédéral, cœur institutionnel du pays, aurait été ciblé pour rappeler une vérité brutale : aucune frontière, aucun drapeau, aucune institution ne protège face à une décision stratégique venue de Washington.
Les infrastructures aériennes de Barquisimeto, d’El Ataque et de Charallave auraient été méthodiquement neutralisées, supprimant toute capacité de défense, de logistique ou de repli. Enfin, la base d’hélicoptères d’Igualota, essentielle à la sécurité présidentielle, aurait été mise hors service, isolant totalement le sommet de l’État.
Ce tableau, glaçant par sa précision, rappelle une réalité que l’histoire récente connaît trop bien. L’Irak, hier, avait été accusé de menaces imaginaires pour justifier une intervention aux conséquences humaines, sociales et géopolitiques désastreuses. Aujourd’hui encore, le même schéma se répète : des prétextes sécuritaires, un discours sur la démocratie, et derrière, l’imposition par la force d’un ordre dicté par les intérêts stratégiques et économiques.
L’épisode final décrit – des forces spéciales opérant avec l’appui du renseignement, pénétrant une résidence présidentielle avec une connaissance totale des lieux et des mouvements – illustre une domination informationnelle presque absolue. Mais cette démonstration de puissance pose une question fondamentale : est-ce ainsi que se construit la démocratie ?
Car la démocratie ne naît ni sous les drones, ni sous les bombes intelligentes, ni sous la menace permanente de l’écrasement militaire. Elle ne s’impose pas par la peur, elle se construit par le respect des peuples, même lorsque leurs choix déplaisent aux puissants.
En exhibant sa capacité à neutraliser un État en quelques minutes, Washington ne défend pas la liberté. Il rappelle simplement que, dans le monde actuel, le droit international cède trop souvent devant le droit du plus fort. Et que pour de nombreux petits pays, l’indépendance reste fragile, conditionnelle, toujours menacée.
Ce n’est pas là la démocratie. C’est une géopolitique de l’intimidation, qui nourrit la méfiance, radicalise les rapports internationaux et éloigne un peu plus l’idéal d’un monde fondé sur l’égalité entre les nations. Tant que cette logique prévaudra, les discours sur la liberté resteront creux, et les peuples continueront de payer le prix des ambitions des grandes puissances.

La rédaction #levoiciinfonews

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