
Haรฏti nโest plus ร lโรฉpoque des dรฉmonstrations dโautoritรฉ sommaires ni ร celle oรน lโintimidation tenait lieu de droit. Les souvenirs du ยซ Bรฒs Pent ยป et des injonctions du type ยซ mโap arete w ยป renvoient ร une sรฉquence historique marquรฉe par la brutalitรฉ institutionnelle, lโabsence de garanties procรฉdurales et la confusion assumรฉe entre pouvoir et menace.
Les comportements, pour le moins dรฉtail, rรฉcemment affichรฉs sur les rรฉseaux sociaux par le Commissaire du Gouvernement prรจs le Tribunal de Premiรจre Instance du Cap-Haรฏtien, Eno Zรฉphyrin, suscitent ร la fois gรชne et consternation. Lโusage public dโun langage de menace, rรฉsumรฉ par le sinistre ยซ mโap arete w ยป, sโinscrit dans une logique de rรฉgression assumรฉe. Cette posture traduit une conception autoritaire de la fonction judiciaire, oรน la parole publique sert dโoutil de pression et oรน lโaction institutionnelle repose sur la crainte plutรดt que sur la loi.
La fonction de Commissaire du Gouvernement nโa jamais eu vocation ร incarner la force brute ni la surenchรจre verbale. Elle repose sur la reprรฉsentation de la sociรฉtรฉ devant les juridictions, la dรฉfense de lโordre lรฉgal et le respect strict des droits fondamentaux. Une telle charge exige retenue, formation juridique solide et intelligence des รฉquilibres sociaux. Elle implique surtout une distinction rigoureuse entre lโautoritรฉ de lโรtat et son usage abusif.
Le Cap-Haรฏtien nโa nul besoin de figures gesticulantes ni de postures ร la Bob Lecorps. La ville, comme le pays, a besoin de magistrats sobres, conscients de la portรฉe de leur parole et respectueux de la dignitรฉ de la fonction quโils occupent. Eno Zรฉphyrin n’a pas la stature de sa fonction.
_09 janvier 2026_

