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Haïti : cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, une transition qui a aggravé l’effondrement de l’État*

17 Mars 2026 , par Gilbert Cicéron, journaliste analyste politique, écrivain

Près de cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, dans la nuit du 7 juillet 2021, Haïti demeure plongée dans une crise politique, sécuritaire et institutionnelle d’une ampleur sans précédent. L’événement, qui avait déjà révélé la fragilité des institutions nationales, a ouvert une longue transition politique censée conduire au rétablissement de l’ordre constitutionnel.

Mais cinq années plus tard, cette transition n’a ni restauré la stabilité ni permis l’organisation d’élections crédibles. Au contraire, l’absence de leadership politique et l’effondrement progressif de l’État ont aggravé la crise sécuritaire, économique et humanitaire que traverse le pays.

Une transition politique sans légitimité

Depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, Haïti fonctionne sans institutions pleinement opérationnelles. Le Parlement est inexistant, les collectivités territoriales sont largement paralysées et les gouvernements successifs de transition peinent à établir une autorité politique reconnue.

Cette vacance institutionnelle a favorisé l’expansion de groupes armés et la fragmentation du pouvoir. L’absence d’élections depuis plusieurs années nourrit également une profonde crise de légitimité de l’État, accentuant la méfiance de la population envers ses dirigeants.

Une capitale dominée par les gangs

Pendant que les institutions s’enlisent dans l’impasse politique, la violence des gangs s’est imposée comme la principale réalité du quotidien à Port-au-Prince.
Selon plusieurs analyses et rapports internationaux, les groupes armés contrôlent désormais plus de 85 % de la capitale et de sa zone métropolitaine.

Les affrontements entre gangs et les attaques contre la population ont provoqué une catastrophe humanitaire majeure. Les Nations unies estiment que plus de 1,3 million de personnes sont aujourd’hui déplacées à l’intérieur du pays, un niveau record dans l’histoire récente d’Haïti.

La violence atteint également des niveaux sans précédent. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au moins 5 601 personnes ont été tuées en 2024 dans des violences liées aux gangs.
La situation s’est encore aggravée en 2025. D’après le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), plus de 8 100 personnes ont été tuées entre janvier et novembre 2025 dans des violences armées à travers le pays.

Ces chiffres illustrent l’ampleur de la crise sécuritaire et la perte de contrôle progressive de l’État sur son territoire.

Une économie paralysée par l’insécurité

L’effondrement sécuritaire a profondément déstabilisé l’économie nationale. Les attaques contre les infrastructures, les barrages routiers et les extorsions imposées par les groupes armés ont désorganisé les circuits d’approvisionnement et de production.

Depuis plusieurs années, l’économie haïtienne est entrée dans une spirale de contraction prolongée. Le pays enregistre l’une des performances économiques les plus faibles de la région, alors que la pauvreté et l’insécurité alimentaire continuent de s’aggraver.

La domination territoriale des gangs a également favorisé l’émergence d’une économie criminelle reposant sur les enlèvements, les rançons et le contrôle des axes commerciaux stratégiques.

L’effondrement des services publics

Dans la capitale, l’effondrement des services publics est désormais visible au quotidien. Les infrastructures sanitaires, éducatives et énergétiques fonctionnent difficilement, souvent grâce au soutien d’organisations internationales ou d’initiatives locales.
La crise sécuritaire a notamment provoqué la fermeture de nombreux établissements scolaires et universitaires, tandis que l’accès aux soins médicaux reste extrêmement limité dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince.

Selon plusieurs évaluations internationales, moins d’un quart des structures de santé situées autour de la capitale restent pleinement fonctionnelles en raison de l’insécurité et du manque de ressources.
Cette dégradation accélérée des services essentiels accentue la précarité de millions d’Haïtiens déjà confrontés à l’extrême pauvreté.

Le silence des élites face à l’effondrement

Face à cette situation d’effondrement généralisé, les autorités haïtiennes sont régulièrement accusées de manquer de vision et de stratégie pour sortir le pays de la crise.

La transition politique engagée après l’assassinat de Jovenel Moïse devait permettre la reconstruction institutionnelle et l’organisation d’élections. Pourtant, cinq ans plus tard, l’État apparaît plus fragile que jamais.

Pour de nombreux observateurs, la crise actuelle ne se limite plus à une simple instabilité politique : elle traduit la désintégration progressive des structures étatiques et l’incapacité du pouvoir à restaurer l’autorité publique.

Un pays au bord de la rupture

Aujourd’hui, Port-au-Prince est devenue l’épicentre d’une crise multidimensionnelle où se mêlent violence armée, catastrophe humanitaire et effondrement institutionnel.
Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, la transition politique qui devait sauver l’État haïtien semble au contraire avoir prolongé et aggravé la crise.

Sans réformes institutionnelles profondes, sans rétablissement de la sécurité et sans retour à l’ordre constitutionnel, beaucoup craignent que la transition ne se transforme en un cycle prolongé d’instabilité, menaçant l’avenir même de la nation haïtienne.

Gilbert Ciceron / Levoiciinfonews

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