Alors que le processus électoral connaît un regain d’activité sous l’impulsion du Conseil électoral provisoire, plusieurs partis et regroupements politiques se sont déjà inscrits en vue de participer aux prochaines joutes électorales. Cette mobilisation, qui pourrait être perçue comme un signe encourageant pour la relance démocratique du pays, suscite néanmoins de vives interrogations quant aux véritables intentions de certains acteurs politiques.

Parmi les organisations enregistrées figure le regroupement COPPOS Haïti et Alliés, dont l’inscription attire particulièrement l’attention des observateurs. Dans la mosaïque des structures politiques engagées dans la course électorale, ce regroupement apparaît déjà comme l’un des favoris, alimentant les spéculations sur l’existence d’une stratégie politique soigneusement préparée en amont.
Selon plusieurs sources proches du pouvoir, cette dynamique serait soutenue, directement ou indirectement, par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. L’objectif supposé : obtenir une majorité des postes électifs lors des prochaines élections, avec en ligne de mire la présidence de la République. Une telle perspective ravive le spectre d’une tradition bien ancrée dans la vie politique haïtienne, celle de la conservation du pouvoir à travers des mécanismes souvent décriés pour leur manque d’équité.
Dans cette configuration, certains mouvements au sein de l’administration publique alimentent également les soupçons. C’est notamment le cas de Andy Marcellus, actuel délégué départemental de l’Ouest, qui aurait présenté sa démission afin de briguer un siège au Sénat dans ce département stratégique. Sa nomination initiale, proposée par le chef de la primature, et sa probable entrée dans l’arène électorale soulèvent des interrogations sur l’utilisation des structures de l’État comme tremplin politique.
Officiellement, cette démission s’inscrirait dans le respect des dispositions prévues par le Pacte d’entente nationale pour la stabilité et l’organisation des élections, qui encadre la participation des responsables publics aux compétitions électorales. Mais pour plusieurs observateurs, elle s’apparente davantage à une étape prévue dans un dispositif politique plus large.
Les spéculations vont même plus loin. Dans certains cercles politiques, l’on évoque déjà la présélection d’un potentiel futur locataire du Palais national. Parmi les noms qui circulent avec insistance figure celui de Olivier Barrot, présenté par certains comme un possible candidat à la magistrature suprême dans le cadre de ce projet politique.
Si ces informations restent pour l’instant difficiles à confirmer officiellement, elles alimentent néanmoins un débat de fond sur la transparence et l’équité du futur processus électoral. Dans un pays marqué par une longue histoire de crises politiques et de défiance envers les institutions, la moindre perception de manipulation du jeu démocratique risque d’éroder davantage la fragile confiance de la population.
À l’approche des élections, la question demeure donc entière : le processus en cours ouvrira-t-il réellement la voie à une compétition politique équitable, ou risque-t-il de reproduire les pratiques de captation du pouvoir qui ont si souvent fragilisé la démocratie haïtienne ? Les prochains mois pourraient bien apporter un début de réponse.
Gilbert Cicéron, journaliste -analyste politique

