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Souveraineté fragile, pression maximale : Haïti et la République dominicaine dans l’ombre des puissances

Le spectacle de l’humiliation infligée au président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis n’est pas un simple épisode diplomatique. C’est une démonstration de pouvoir soigneusement mise en scène, un message codé adressé aux nations faibles : voilà ce qui arrive à ceux qui ne peuvent pas répondre.
Si un pays comme le Venezuela, pourtant soutenu par des puissances majeures telles que la Russie et la Chine, peut être traité comme une cible vulnérable, alors la situation des petits États devient alarmante. Dans cette hiérarchie mondiale fondée sur la force, Haïti apparaît comme une proie idéale, exposée, sans protection réelle, sans capacité de dissuasion, sans poids stratégique.
La République dominicaine, malgré une stabilité relative, ne dispose pas non plus d’une force capable de résister à des pressions majeures venues de l’extérieur. Ces pays représentent à peine une fraction — même pas 2 % — de la puissance militaire et économique des grandes nations prédatrices. Dans ce contexte, parler de souveraineté sans moyens revient à entretenir une illusion dangereuse.
Les scènes de dirigeants étrangers arrêtés, menacés ou publiquement rabaissés servent un objectif précis : instaurer la peur. Elles rappellent que le respect international ne repose pas sur les principes, mais sur la capacité à imposer un coût à l’agression. La morale est invoquée, la démocratie brandie, mais derrière le discours se cache une logique ancienne : celle du plus fort.
Ce contraste devient encore plus troublant lorsque certains responsables politiques occidentaux, eux-mêmes entourés de controverses judiciaires, d’accusations publiques de comportements abusifs et de critiques sévères sur leur conduite, continuent de se poser en arbitres de la démocratie mondiale. Le message est clair : les règles ne s’appliquent pas à tous de la même manière.
Dans ce monde-là, Haïti ne compte pas. Elle est regardée comme un espace ouvert, sans défense, sans voix, livré aux pressions économiques, politiques et sécuritaires. Un territoire où l’on peut imposer, décider, corriger, sans craindre de représailles.
Face à cette réalité, les petits pays n’ont plus le luxe de l’idéalisme. L’histoire contemporaine montre que la survie passe par la préparation silencieuse. Non pour attaquer, mais pour dissuader. Non pour provoquer, mais pour exister.
Le cas de la Corée du Nord, aussi controversé soit-il, illustre une vérité inconfortable : un pays que l’on méprisait a choisi de bâtir sa capacité de réponse dans le silence, hors des projecteurs. Aujourd’hui, il n’est plus traité comme une proie facile. On le critique, on le condamne, mais on négocie avec lui. La peur a remplacé le mépris.
Haïti et d’autres nations vulnérables doivent tirer les leçons de ce monde sans pitié. Personne ne viendra les protéger par solidarité morale. La souveraineté ne se proclame pas, elle se construit, patiemment, stratégiquement, loin des discours creux.
Dans l’ordre mondial actuel, la faiblesse n’inspire ni compassion ni respect. Elle attire les prédateurs. Et tant que les petits pays refuseront de regarder cette vérité en face, ils resteront condamnés à subir les décisions des autres.
Ce n’est pas un appel à la violence. C’est un appel à la lucidité. Dans un monde où la force dicte la loi, ne rien préparer, c’est déjà capituler.

Sanon #levoiciinfonnews

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