Le populisme médiatique désigne l’utilisation des canaux d’information: radio, télévision, presse écrite et réseaux sociaux pour porter un discours qui simplifie à outrance des réalités complexes, oppose systématiquement « le peuple » aux « élites » et met en avant les émotions, telles que la colère, la peur ou l’espoir, au détriment d’une analyse rationnelle.

En Haïti, où la radio reste le média dominant et où les réseaux sociaux gagnent en influence, ce phénomène est particulièrement visible.
Le contexte haïtien
Poids historique de la radio : depuis les années 1980-1990, elle constitue le principal espace du débat politique. Plusieurs animateurs sont devenus de véritables figures publiques.
Journalistes-animateurs stars : certains se présentent comme des « tribuns du peuple », brouillant les frontières entre journalisme, militantisme et influence.
Érosion des repères : l’information, l’opinion et parfois la propagande se confondent, alimentées par un ton spectaculaire et sensationnaliste.
Montée des réseaux sociaux : Facebook, X (Twitter) ou TikTok ouvrent la voie à de nouveaux acteurs, souvent dépourvus de formation journalistique, mais dont le style populiste séduit une large audience.
Crédibilité contre audience
« La recherche du buzz et de vues » la formule choc l’emporte souvent sur la rigueur. Cette dérive fragilise la crédibilité des médias traditionnels et accentue la méfiance du public.
Instrumentalisation politique
Certains animateurs deviennent les porte-voix de partis, d’élites économiques ou de groupes de pression, tout en se présentant comme défenseurs du peuple.
Discours de haine et désinformation
Rumeurs, fausses nouvelles et parfois appels à la violence circulent au nom d’un prétendu discours populaire, posant un sérieux problème de responsabilité sociale.
Éthique et responsabilité
Le populisme médiatique interroge la déontologie journalistique : s’agit-il d’informer ou de manipuler ? d’éduquer ou d’attiser les passions ?
Effets sur la société haïtienne
Polarisation accrue : le discours populiste divise plus qu’il ne rassemble.
Délégitimation des institutions : en condamnant « tout le système » sans nuance, il renforce le cynisme politique.
Mobilisation citoyenne : paradoxalement, ce même discours a permis de mettre en lumière des injustices, notamment des scandales de corruption.
Gilbert Cicéron, Le Voici News.










