L’ancien sénateur Jean-Charles Moïse promettait de renverser le gouvernement après le sifflet final de la Coupe du monde ; la justice, elle, n’a pas attendu les prolongations. Moins de 24 heures après avoir annoncé, depuis Nan Banann, dans le département du Nord, le lancement d’une mobilisation destinée à faire tomber le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, le leader de Pitit Dessalines se retrouve convoqué au parquet près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince. Un revirement de calendrier que même l’ancien sénateur n’avait sans doute pas prévu.

Le commissaire du gouvernement, Jean Fritz Patterson Dorval, souhaite l’entendre sur des propos jugés susceptibles de troubler l’ordre social et de porter atteinte à la paix publique. L’audition est fixée au jeudi 16 juillet 2026, à 10 heures.
L’ancien sénateur, qui rassemblait une foule le dimanche 12 juillet, a affirmé qu’un « mouvement de renversement » serait enclenché après la fin de la Coupe du monde. Il a également appelé les soutiens du gouvernement, y compris les représentations diplomatiques, à cesser leur appui au Premier ministre. Jean-Charles Moïse a par ailleurs évoqué un contrat de plus de six milliards de dollars sur dix ans qui aurait été conclu avec l’entrepreneur américain Erik Prince pour des questions de sécurité.
Mais cette célérité judiciaire pose question. Pourquoi le parquet de Port-au-Prince s’est-il saisi d’un dossier dont les faits se sont déroulés à Nan Banann, dans le département du Nord, alors que le parquet du Cap-Haïtien aurait dû, en toute logique territoriale, être le premier saisi ? S’agit-il d’une simple application souple des règles de compétence au nom de la portée nationale des propos ou d’un choix de juridiction qui en dit long sur la volonté des autorités de traiter ce dossier rapidement, loin des lenteurs habituelles ? La justice haïtienne n’a pourtant pas toujours fait preuve d’une telle diligence face à des dossiers autrement plus graves, ce qui invite à s’interroger sur les critères qui déterminent, au juste, ce qui mérite un traitement judiciaire prioritaire.
Cette convocation illustre la fermeté que les autorités entendent afficher face à des appels publics visant le renversement du pouvoir. Elle relance en même temps un débat plus large : où placer la limite entre maintien de l’ordre public, liberté d’expression politique et application égale de la justice d’autant que Jean-Charles Moïse n’est pas la première figure politique à faire l’objet d’une convocation judiciaire médiatisée ces derniers mois.
Le Voici News Info (LVNI)




