Se disant alarmé par une crise institutionnelle qu’il qualifie de systémique, Jean-Pierre Bailly, coordonnateur général de l’Alliance pour une Transition par la Constitution (ATC), préconise l’activation de l’article 149 de la Constitution du 29 mars 1987. Lors de son intervention, le lundi 16 février 2026, il enjoint le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à constater formellement la vacance présidentielle, qu’il considère comme un préalable juridique indispensable à toute sortie de crise.

Lors d’une intervention médiatique à forte charge politique, Jean-Pierre Bailly a adopté une ligne de rupture assumée. Il a mis en cause la gouvernance actuelle, dénonçant un enlisement institutionnel qu’il juge préjudiciable à la stabilité nationale. Selon lui, la seule voie conforme à l’orthodoxie constitutionnelle réside dans le transfert des prérogatives exécutives à la Cour de cassation, qu’il érige en ultime garant de la continuité républicaine et de la légalité formelle.
Il récuse catégoriquement l’ancien Conseil Présidentiel de Transition (CPT), qu’il présente comme une construction hybride, adossée à des intérêts extérieurs, notamment ceux de l’administration de Joe Biden et de Antony Blinken. À ses yeux, cette configuration n’a produit qu’instabilité, paralysie administrative et affaiblissement institutionnel au cours de ses deux années d’exercice.
Le coordonnateur de l’ATC a par ailleurs ciblé le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qu’il exhorte à se conformer strictement à un rôle de transition. Selon Bailly, la seule prérogative légitime du chef du gouvernement consisterait à constater la vacance du pouvoir exécutif. Toute tentative de s’écarter de ce cadre normatif constituerait, avertit-il, une entorse grave à l’ordre constitutionnel, susceptible d’engendrer des conséquences politiques majeures.
Pour illustrer les tensions diplomatiques, Bailly mobilise une référence historique en évoquant la présence présumée de bâtiments de guerre américains dans les eaux territoriales haïtiennes, qu’il compare symboliquement à « La Niña, La Pinta et La Santa María ». Par cette analogie, il suggère l’existence d’une pression internationale latente, susceptible d’influer sur l’évolution du processus politique interne.
Son argumentation s’appuie sur la primauté de la version originelle de la Constitution du 29 mars 1987. Il conteste la validité des amendements subséquents, qu’il qualifie d’irréguliers au regard des procédures constitutionnelles, notamment en raison de l’absence de publication intégrale en créole. Pour lui, seul le texte fondateur dispose de la force normative nécessaire pour encadrer juridiquement une transition opérée sous l’autorité de la haute magistrature.
Jean-Pierre Bailly invoque également des précédents historiques, citant les transitions conduites par Ertha Pascal-Trouillot et Boniface Alexandre. Il estime que ces expériences démontrent la capacité de la Cour de cassation à assurer la continuité de l’État et à organiser des consultations électorales dans un contexte de turbulence institutionnelle.
Le schéma qu’il propose prévoit la convocation d’un « conclave », inspiré de ceux organisés par les papes pour la désignation du souverain pontife, réunissant les juges de la Cour de cassation ainsi afin d’élire un président provisoire. Ce dernier, après prestation de serment, serait chargé de nommer un Premier ministre et de former un gouvernement. Jean Pierre Bailly n’exclut pas une éventuelle reconduction de Alix Didier Fils-Aimé, sous réserve d’une démonstration tangible d’efficacité dans la lutte contre l’insécurité.
Sur le registre éthique, le leader de l’ATC dénonce des pratiques de prédation financière qu’il impute aux anciens membres du CPT. Il évoque un enrichissement illicite et une gestion opaque des ressources publiques, estimant que l’assainissement moral de la gouvernance constitue une condition sine qua non à toute refondation institutionnelle.
Sur le front de la sécurité, Bailly martèle que le sentiment de vulnérabilité a désormais changer de camp. Il décrit une dynamique où les chefs de gangs sont désormais acculés par une pression coercitive. Il insiste sur l’impératif de soustraire la population au joug des réseaux criminels qui paralysent le tissu économique et social de la nation.
L’article 149, insiste-t-il, demeure la seule balise constitutionnelle clairement identifiée pour organiser la succession en période de vacance présidentielle. Il rejette les arrangements politiques informels, qu’il considère comme des expédients fragilisant davantage l’architecture institutionnelle.
Bailly entrevoit déjà l’émergence d’une « Nouvelle Haïti » au terme de ce tumulte. Il compare le pays à un phénix destiné à renaître dès que les ténèbres de l’anarchie auront été dissipées. Ce renouveau exige, d’après lui, une vigilance citoyenne sans faille et un rejet catégorique de l’arbitraire, qu’il soit d’origine étrangère ou le fait d’intérêts occultes.
Gesnel Moïse












