Le journaliste et animateur Romanès Samedi se retrouve dans le collimateur de la justice haïtienne. Le travailleur de la presse a été cité par le commissaire Nacius Junior Lacombe, responsable de la police à Delmas, qui lui reproche des faits de diffamation.

À l’origine de cette procédure, des déclarations publiques du journaliste faisant état d’allégations impliquant le commissaire Lacombe et certains policiers dans des actes de kidnapping. Des accusations que le responsable de la police rejette catégoriquement et qu’il considère comme attentatoires à son honneur et à sa réputation.
Mais au-delà du différend opposant les deux hommes, c’est surtout la manière dont la procédure est engagée qui suscite des interrogations.
Après avoir sommé Romanès Samedi de se rétracter pour des propos jugés diffamatoires, le commissaire Lacombe l’a ensuite fait citer par-devant le tribunal correctionnel. Or, selon les arguments avancés par le journaliste, ces deux démarches relèveraient de mécanismes juridiques distincts qui ne sauraient être confondus. Une situation qui soulève des questions sur la régularité de la procédure et sur la maîtrise des règles applicables en matière de diffamation.
L’animateur vedette de Booster, émission diffusée sur Radio Méga, dénonce ainsi une démarche judiciaire qu’il estime contraire aux prescriptions légales. Il y voit également un élément supplémentaire venant nourrir les inquiétudes déjà suscitées par les menaces dont il affirme faire l’objet.
Romanès Samedi dit craindre pour sa sécurité. Dans un pays où les journalistes travaillent déjà sous la pression constante de l’insécurité, des groupes armés et des intimidations, une procédure judiciaire visant un professionnel de la presse ne peut être considérée comme un simple contentieux entre particuliers.
La question dépasse donc le cas personnel de Romanès Samedi : jusqu’où peut aller la justice lorsqu’un journaliste met en cause des responsables de l’appareil sécuritaire ?
Le droit de répondre à des accusations, de défendre son honneur et de saisir la justice ne saurait être remis en cause. Mais ce droit doit s’exercer dans le strict respect des procédures prévues par la loi. Toute approximation procédurale, surtout lorsqu’elle concerne un journaliste déjà exposé à des menaces, risque d’alimenter la perception d’une justice à géométrie variable.
Dans un contexte où l’impunité demeure l’un des principaux fléaux du pays, la moindre procédure visant un professionnel de la presse doit être examinée avec une vigilance particulière. La justice ne peut devenir un instrument d’intimidation, pas plus que la liberté de la presse ne peut servir de prétexte à l’impunité.
Le dossier Romanès Samedi place ainsi les autorités judiciaires face à une responsabilité majeure : démontrer que la procédure engagée repose sur des bases légales solides et qu’elle ne constitue ni une forme de représailles ni une tentative de faire taire une voix critique.
Car lorsque les menaces s’ajoutent aux poursuites judiciaires, le problème n’est plus seulement celui d’un journaliste poursuivi pour diffamation. C’est la capacité même de la presse à exercer son métier librement qui se retrouve mise à l’épreuve.
la rédaction Le Voici Info


